20/12/2011

AUBE, la saga de l'Europe, 262

Un tonnerre de hourras salua sa péroraison. Il voulut se rasseoir. On ne le tint pas quitte. Les assistants réclamèrent d’être enfin admis à contempler le k’rawal. Il était déjà tard. Il en profita pour justifier son refus de le leur présenter sur-le-champ.
– La nuit ne va plus tarder. Seuls les premiers prêtres et les rois des villages éloignés le verront ce soir. Ne vous inquiétez pas ! Demain, vous pourrez tous l’admirer et juger combien Kleworegs le pieux est puissant et aimé des dieux.
Sur cet auto-éloge, il sortit de la place où il présidait. Son bhlaghmen, Pewortor, et les notables invités lui emboîtèrent le pas. Ils se dirigèrent, ensemble, vers la tente où reposait, sous une garde farouche, leur joyau suprême, le k’rawal.
Le mot était âpre à la langue. Hélas, on ne modifie pas le nom des choses sacrées. Il aurait eu moins de scrupules s’il avait su que la fille n’avait fait que dire à Pewortor : “ Prends-le ! ”, dans la langue de son peuple d’une lointaine vallée, là-bas où le soleil est au plus haut.

Il se réveilla, fatigué, affamé. La Brillante éclairait son visage. Elle lui dit qu’une nuit s’était écoulée, sans qu’il en ait eu conscience. Sa faim s’expliquait, mais sa fatigue ? Comment avait-il pu dormir si longtemps ?  
Il posa sa main sur sa cuisse. Ce si léger attouchement le fit gémir. Il baissa les yeux. La blessure infligée par le sanglier suppurait. Il se sentait faible. Il devait manger un peu.
Il plongea la main dans le bissac où il avait mis les provisions destinées à la sustenter dans sa marche vers le village où ils savaient tout. Il était “ à trois jours, vers là où dort le soleil ”. Comment pouvaient-ils s’être, et l’avoir, trompé à ce point ?
Il en sortit une bouchée, sa dernière. Il la mastiqua un long moment, la déglutissant avec effort. Quand il eut fini d’avaler le dernier morceau de ces provisions qui lui avaient fait cinq jours, tant il grignotait sans appétit et au bord de la nausée, son bon sens revint. Il n’aurait pas dû critiquer les hommes du dernier village. Il s’était peut-être engagé dans une mauvaise direction... À moins que... Il avait marché comme il s’était nourri. Il avait, faible et malade comme il l’était, dormi plus longtemps qu’il ne pensait, avancé d’un pas bien plus lent.
Il ne pourrait pas continuer, ventre creux, une jambe blessée, à pister Kleworegs. Il avait besoin de repos, ce que chacun lui accorderait, et d’une monture. Sans doute devrait-il la voler, violant les lois de l’hospitalité. Qu’importait, l’honneur est au-dessus de toute loi.
Il continua. S’il était allé tout droit, le village désiré (mais n’importe lequel, avec un bon guérisseur, conviendrait) ne tarderait pas à apparaître.
Des fumées dans le ciel... Il n'en était plus loin !  

FIN DU CHAPITRE

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