02/03/2012

Aube, la saga de l'Europe, 307

– Tu vois, c'est fait... Maintenant, annonçons que le Signe est dans nos murs, ou prêt à y pénétrer, et partons à sa rencontre... Tu peux prendre congé. Va à ta guise.
Il repartit vers l'accès au troisième cercle. Kleworegs l'y attendait. Le temps était frais et humide, les nuages grisâtres. L'accueil serait réussi. La pluie ne menaçait pas pour tout de suite... Qu'ils se pressent un peu, quand même !
Kleworegs mourait de soif. Avant toute autre question, il lui demanda s'il pouvait boire devant les sentinelles. Il le rassura. Leur chef – et lui, par la même occasion – serait ravi de partager l'hydromel. Cette politesse ne coûtait guère. Il s'en acquitta volontiers. Le messager lui conta l'accueil du haut prêtre. Il hocha la tête. Il fit tout préparer pour son entrée. Elle se déroulerait avec la pompe la plus imposante. Le char des princes de Shumeru fut à nouveau sorti du chariot et monté, les chevaux étrillés et débarrassés des épines accrochées à leur pelage et leur peau. Il continua à l’interroger. Sa confidence sur les rapports du roi des rois et du premier prêtre, à peine murmurée, le captiva. À la fin, il voulut avoir un avant-goût de ce qui l'attendait derrière le remblai. Le messager ne se fit pas prier.
– Passée cette porte sont de nouveaux prés destinés nos chevaux et de nombreuses cultures. Elles fournissent la citadelle et ses hôtes en vivres frais, et sont son meilleur recours en cas d'attaque ou de siège. Ça ne risque plus d'arriver... À la rigueur, il y a quelques générations. Nos pères, avertis de l'approche, puis de l'arrivée de forces hostiles, auraient rentré leurs bêtes et comblé les trouées. Ils n'auraient plus eu qu'à attendre l'hiver glacial qui débande les assiégeants. Ils auraient continué à vivre, cultiver leurs terres et mener paître leurs troupeaux. Leurs ennemis se seraient emparés de pâtures vides. Ils n'auraient pu qu'en brouter l'herbe pour apaiser leur fringale... Cela n'est pas arrivé en ces temps de faiblesse. Ça ne nous tombera pas dessus maintenant. Jamais nous n'avons été aussi forts...
... Il y a plus loin un village de huttes. Là vivent nos paysans pauvres, mal aimés des dieux de la fécondité. Ils cultivent les champs du cercle intérieur, et nous leur assurons couvert et sécurité. Au-dessus, c'est la butte que domine la citadelle. Un petit plateau naturel, au sommet arasé, entouré d'une palissade de pieux de chênes. Là vivent les prêtres, les guerriers, et quelques très riches fabricants d'armes que ton Pewortor supplantera bientôt, si tu l'autorises à rester. Tous les autres artisans vivent au bas de la butte, à l'écart des paysans. Tu ne verras pas leur hameau. Il est de l'autre côté.
Kleworegs avait une meilleure idée de Kerdarya, de sa disposition, et de ceux qui s'y disputaient le pouvoir. Il le remercia. Il inspecta une dernière fois sa troupe. Tout était prêt. Ils avaient eu tout le temps. Il ne restait qu'à attendre l'escorte d'honneur promise. Il ne fallait rien de moins pour les accompagner et les guider jusqu'à la citadelle et au temple où serait adorée et vénérée la pierre-soleil.

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